« Aller voir ailleurs », un module expérimental d’auto-formation accompagnée
- François Muller
- 12 déc. 2025
- 5 min de lecture

L’instauration du stage dit « filé » dans la formation des professeurs des écoles stagiaires avait amené l’académie de Paris à solliciter des enseignants titulaires exerçant à temps plein pour libérer leur classe pendant 30 journées au profit d’un PE2.
Pour autant, le maître titulaire n’était pas libéré de ses obligations de service les jours de l’intervention du PE2. Il devait consacrer :
18 journées au service du projet d’école (soutien, ateliers, mise en œuvre d’actions du projet d’école…)
12 journées pour conduire un projet destiné à renforcer sa formation professionnelle. Il s’agit donc d’une sorte de «capital-temps » qui sera géré avec souplesse, tout en étant inscrit dans un cadre institutionnel précis.
Formule B - Autoformation accompagnée (72 h)
La conception et l’organisation de ces modules peuvent prendre des formes variables et articule toutefois :
des temps de regroupement en présence du formateur (pour un total de 24 heures maximum);
des travaux et recherches individuels ou en groupe hors encadrement;
le cas échéant, des visites en classe, des échanges de courriers, de la formation à distance.
"Aller voir ailleurs"
Ainsi, avons-nous été amenés, avec Yves Zarka, IEN chargé de la formation alors, à proposer dans ce dispositif un module expérimental dont le titre évocateur « aller voir ailleurs » nous semble partager l’esprit même du dispositif: (se) donner l’autorisation de prendre en charge sa propre formation et envisager d’aller quérir informations, rencontrer d'autres professionnels, décloisonner sa pratique, s'inspirer de l'exotisme apparent, approfondir ressources et consolider ses points d’appui ailleurs que.. dans le strict premier degré. C’est cela d’abord cet « ailleurs ».
La clé est d'encadrer le retour; dans l'armée, après les OPEX (opérations extérieures), on fait le "debriefing" pour apprendre de l'expérience et améliorer la prochaine fois. Le module "aller voir ailleurs" participe de ce principe: on part ensemble à l"espionnage professionnel et on revient ensemble pour valoriser ce que nous avons appris. En cela, c'est bien du développement professionnel continu.
Après, tout est permis , dans le cadre du respect du cahier des charges et des limites de notre créativité commune.
La référence à l’expérimentation et le développement des EAFC depuis 2022 permettent certaines investigations quant aux organisations, ressources, thèmes envisagées. Alors, on le tente ?

Inscrire l’épisode « voyage » dans un processus de formation au long cours
Un groupe de type développement professionnel se constitue autour d’une problématique, par exemple : identité, rôles et compétences du directeur d’école. A un moment de leurs travaux, est proposé le dispositif « aller voir ailleurs ». A la manière d’un speed dating, mais situé, chaque membre fait le voyage chez l’autre ; et réciproquement, le temps de l’intersession (plusieurs semaines).
Les deux ou trois rencontres en groupe, chez l’un, chez l’autre, ne peuvent représenter en elles-mêmes une formation ; mais elles peuvent s’inclure comme un épisode, un module, d’une série plus développée, participant d’un processus formatif ; nous pourrions l’identifier, à l’instar de nos amis anglo-saxons comme « développement professionnel ».
Ainsi, si on élargit sa représentation non pas à ce seul dispositif, mais à un ensemble, plus ou moins structuré, combinant plusieurs modalités, étalé sur deux ou trois ans, alors, cet épisode prend sens ; et on peut lui attribuer la valeur qui lui revient.
Modifier son rapport au savoir en s’appuyant sur des « savoirs d’expérience »
Si la formation peut parfois se matérialiser par la transmission de contenus experts, d’une certaine manière, un simple podcast d’une conférence du Collège de France pourrait suffire. Si tant est qu’une conférence peut construire la professionnalité du directeur d’école, à elle seule. Elle peut s’avérer très efficace pour alimenter une réflexion, développer une réflexion.
Accéder aux « gestes » professionnels, à une certaine expertise que l’on reconnaît chez des « anciens » ne peut ressortir de la transmission orale ; ce niveau ne peut être atteint que dans un cadre plus restreint, avec confiance et solidarité, sur une durée de fréquentation. Ce sont bien des éléments de l’ordre du savoir, mais du « savoir d’expérience ». Ce type de savoirs est à présent pris en compte dans le cadre de la V.A.E. par exemple (validation des acquis de l’expérience).
Apprendre professionnellement par petits pas et décalages successifs par auto-confrontation croisée
Reconnaître la place et l’importance de ces savoirs professionnels constitue une première étape pour s’autoriser à « se déplacer » : certes physiquement et géographiquement, mais aussi symboliquement.
Rencontrer, écouter, écouter encore (jamais assez), participer à un échange argumenté voire contradictoire, un ou plusieurs collègues, sur un thème donné, peut nous autoriser à quelques petits déplacements successifs, par rapport à sa propre pratique, en utilisant la marge d’action inhérente à tout emploi, à concevoir l’intelligence d’une prescription, si drastique soit-elle. Ainsi, se confronter à d’autres pratiques, pour autant qu’elles soient variées, différentes de la vôtre, dans ses dimensions, dans ses spécificités (justement), c’est aussi apprendre, par, avec les autres.
Construire l’identité et les compétences du métier de directeur
Les rencontres thématiques ont permis d’échanger et de confronter pratiques et outils autour d’objets professionnels ; elles ont permis de rendre à beaucoup visible ce qui l’est le moins, dans un exercice professionnel caractérisé par l’isolement. Une compétence se manifeste en actes, en gestes et en contexte ; ce dispositif d’auto-confrontation croisée, ce petit « voyage pédagogique » nous emmène au pays des compétences du directeur d’école et de son identité, à envisager collectivement, solidairement et professionnellement.
Ceux correspondant aux préoccupations exprimées lors des réunion de directeurs relèvent de volets variés du métier : pratiques professionnelles, « gestion de ressources humaines », organisation du travail, techniques, outils, ressources… Ils ont été ainsi rassemblés :
1. La conduite d’équipe
Comment fédérer une équipe et coordonner l’action de tous les adultes d’une école ?
Comment gérer l’équipe élargie, la communication et parvenir à la cohérence de tous les acteurs ?
Comment développer la coopération dans l’équipe pour la rendre autonome ? Comment développer la responsabilisation de l’équipe ?
2. La conduite de projet
Comment faire pour que les projets de l’école soient un outil de travail effectif et quotidien ?
Comment accompagner les projets de classe des enseignants, notamment les projets importants, au long cours ?
Comment faire évoluer des aspects sensibles, des choix pédagogiques, comment remettre en cause des fonctionnements, comment parvenir à la décision et comment assurer le suivi de celle-ci ?
Comment coordonner les dispositifs d’aide ?
3. La gestion des ressources humaines
Comment gérer la difficulté professionnelle d’enseignants ?
4. Le travail avec la communauté scolaire
Comment gérer les difficultés des liaisons inter-degrés ?
Comment répondre aux attitudes différentes de parents : certains avec une demande avec une forte dimension pédagogique, d’autres éloignés de la culture scolaire ?
5. Les techniques et outils de travail
Comment gérer le temps pour un meilleur accueil, un meilleur dialogue, une meilleure circulation de l’information, auprès de l’équipe, auprès des parents ?
Pourquoi ne pas réaliser un « bureau informatique du directeur » avec une standardisation proposée ?
On retrouve les quatre éléments du schéma proposé à propos de la conduite du changement et du rôle du directeur d’école.

La feuille de route des voyages
Se donner un temps limité (1h30 par exemple), centré sur la présentation par le directeur de l’école visitée, mais bien entendu avec échanges ; la fois suivante c’est le directeur de l’école visitée qui présentera le fonctionnement de son école pour les trois thèmes choisis (projet d’école, communication avec les parents, circulation de l’information)
se répartir les trois thèmes pour la prise de notes (en dispensant le nouveau directeur de préférence)





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