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L’évaluation est-elle dangereuse pour les pratiques ?

De quoi s’agit-il à la lecture de ces lignes ?:

« On ne sait pas bien ce que recouvre le terme de « culture du résultat » qui sous-tend les réformes, mais il semble légitimer des pratiques d’évaluations des individus sur la base d’un nombre le plus réduit possible d’indicateurs chiffrés, diffusés largement selon un principe de transparence et associées à des systèmes formels de sanction-récompense que l’on souhaite le plus objectif possible. »
(…) Quelques mois après la mise en place de ces tableaux de bord et alors qu’il s’agissait d’évaluer les réalisations par rapport aux objectifs, (…) la pratique s’avèrait plus complexe que ce que les discours laissaient entendre.
Ce projet repose sur un mythe (…) : de nombreux travaux académiques témoignent déjà de manière rigoureuse des risques de ces méthodes :

– en terme d’impact sur la performance,

– risque de focalisation sur le court terme,

– impact négatif sur les capacités d’innovation, la coopération ou la coordination,

– confusion entre l’évaluation des activités et des individus, et

– d’effets sur les individus,

La corrélation entre ces pratiques et l’accroissement de la souffrance au travail est plus en plus documentée, en particulier par la psychopathologie du travail et de l’existence de nombreux autres moyens de pilotage de la performance (par la règles, par les pairs etc…) souvent déjà largement mises en œuvre avec succès dans les organisations dans lesquelles on souhaite introduire de la culture du résultat.
(…) Il faut sortir de ces discours simplistes pour favoriser l’émergence de pratiques associant plusieurs modes de contrôle et permettant une utilisation intelligente des systèmes de mesure. (…) Les discours simplificateurs comme celui de l’efficacité en toutes circonstances de l’association transparence-indicateurs-incitations contribuent à justifier des pratiques dangereuses derrière des principes semblant relever du bon sens. »

L’actualité des mesures en cours, même dans notre ministère, nous amène à porter notre attention sur la politique d’évaluation…des politiques et des établissements ; en effet, un article du Monde, du 18 août 2009, dans la rubrique Débats, argumente ; Philippe DOBLER et Olivier SAULPIC, professeurs associés au département contrôle et pilotage des organisations (ESCP-EAP), nous livre quelques réflexions toute réflexives… à propos de la politique d’évaluation des ministres.


L'évaluation, cela peut être "intelligent" aussi

Toute chose égale par ailleurs, ces principes de précaution contre les dérives potentielles de l’évaluation nous semblent intéressants pour nos propres pratiques relatives à la conduite de l’expérimentation et du changement en éducation.


A l’instar des travaux d’Hargreaves et de Shirley*, il ne suffit plus de prescrire ou encore de contrôler pour améliorer les résultats; les dispositifs existants de formation ou d’évaluation peinent à faire évoluer de manière significative les pratiques enseignantes et les organisations locales. Les acteurs le signalent directement, ils demandent à être accompagnés, soutenus et valorisés dans l’action quotidienne, dans la recherche de solutions plus efficaces pour faire réussir tous leurs élèves.



La quatrième voie devrait selon Andy Hargreaves :

  • Construire à partir du bas, piloter à partir du haut : le pilotage devrait aider au développement du potentiel de l’unité éducative en donnant un sens et une direction et en faisant en sorte que les innovations locales soient mieux reconnues et diffusées

  • Un leadership durable, notamment l’identification et le développement de leaders qui inspirent la communauté éducative plutôt que d’imposer des cibles et des standards, qui permettent de construire une capacité collective dans l’établissement scolaire,

  • Une responsabilité partagée plus importante que l’obligation de résultats qui a eu des conséquences néfastes sur les élèves et les enseignants,

  • Considérer les élèves comme des parties prenantes de l’enseignement en les impliquant davantage dans leurs apprentissages, en les consultant davantage sur la dynamique de changement et le développement de l’établissement scolaire ou de l’école,

  • Plus de professionnalisme chez les enseignants qui doivent disposer d’un meilleur statut, d’un soutien efficace dans leurs conditions de travail, d’une rémunération suffisante, et d’une autonomie professionnelle en échange d’une formation professionnelle exigeante au service du changement, de la coopération et de la responsabilité mutuelle,

  • Des réseaux mutuels d’apprentissage qui permettent de soutenir les unités éducatives et de faire en sorte qu’elles apprennent les unes des autres, qu’elles soient collectivement responsables à l’échelle locale, et que la plus forte aide la plus faible,

  • Accroître l’investissement dans les services éducatifs et sociaux en partageant davantage les responsabilités pour réduire la pauvreté,

  • Renforcer les partenariats et le travail en réseau, chaque partenaire devant rendre compte à l’autre.

 

Ainsi, ce qui peut se reconnaitre comme innovation ou expérimentation selon les lieux sollicite aujourd’hui les cadres et corps intermédiaires dans leur propre compétence à conduire le changement dans de nouvelles organisations du travail. Des changements significatifs localement ne peuvent se faire sans considérer l’éco-système dans sa globalité, dans ses interactions et dans ses résultats.


* Hargreaves Andy et Shirley Dennis L., The Fourth Way: The Inspiring Future for Educational Change, 4ème éd.,  Corwin, Californie, 2009.; La face cachée de la réforme de l’éducation d’Andy Hargreaves et de Dennis Shirley (de la Lynch School of Education du Boston College), 2011


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