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"Médecin malgré lui", Molière et l'éducation

  • Photo du rédacteur: François Muller
    François Muller
  • il y a 1 jour
  • 8 min de lecture

Peu importe que, cédant à la violence de la bastonnade, le mari, s’improvisant médecin, se découvre d’étonnantes capacités, qui lui confèrent une réputation de guérisseur universel. Et que, dans la foulée, il parvienne à rendre la parole à Lucinde, fille du bourgeois Géronte, soudain devenue muette. Peu importe également qu’en réalité ladite Lucinde feigne le mutisme pour différer le mariage qu’on veut lui imposer. Tout ceci n’est que mensonge et invraisemblance. Après tout, nous sommes au théâtre…


Et si les enseignants étaient des médecins

On demande aujourd’hui aux enseignants :

- d’actualiser en permanence leurs savoirs scientifiques,

- de prendre en compte la santé mentale des élèves,

- de faire vivre l’inclusion,

- d’adapter leurs pratiques pédagogiques,

- d’intégrer le numérique et l’IA,

- de transmettre les valeurs et principes républicains.

- etc.


Autrement dit : un métier en première ligne face à toutes les évolutions de la société. La note de la DEPP sur la formation continue des enseignants (2023-2024) est éclairante :


- 84% des professeurs des écoles ont suivi au moins une formation continue

- … pour 3,9 jours en moyenne (3,1 jours dans le second degré)

- Les formations diplômantes restent marginales : 1% dans le 1er degré, 3% dans le second


La formation existe donc.


Insuffisante, incohérente, discontinue, parcellaire

Mais elle est courte, rarement qualifiante, et souvent peu structurée dans le temps.

Le décalage apparaît encore plus nettement à l’échelle internationale grâce à l’enquête TALIS 2024 (OCDE) :


- seuls 53% des enseignants français jugent leur formation initiale de bonne qualité (vs 75% en moyenne OCDE),

- 14% se sentent préparés à enseigner dans des contextes multiculturels,

- 13% à accompagner le développement socio-émotionnel des élèves,

- et seulement 35% estiment que la formation suivie a un impact réel sur leurs pratiques (vs 55% OCDE).



 Imagine-t-on confier sa santé à un médecin qui n’aurait pas actualisé ses connaissances depuis vingt ans ? C’est pourtant, d’une certaine manière, ce que nous acceptons collectivement pour un métier auquel nous confions : - l’éducation de nos enfants, - et, au-delà, la préparation des citoyens et des sociétés de demain. Investir du temps et des moyens dans la formation des enseignants, ce n’est pas de l’argent perdu. C’est une condition pour que l’école puisse remplir ses missions.


(d'après un post de Mickael Bertrand,sur LInkedin, janvier 2026)


Un courage politique pour le premier levier du changement: le développement professionnel continu ?


Depuis vingt ans maintenant, nos systèmes d’éducation sont l’objet d’évaluation comparée ; un message est récurrent ; ce qui marche plutôt mieux pour améliorer les apprentissages, c’est non tant l’organisation des scolarités et l’enrichissement des contenus disciplinaires, numérique ou non (souvent un prisme adopté en France) que le développement professionnel continu (les trois mots font système) des enseignants. Malgré des réalités nationales très fortes et parfois très éloignées les unes des autres, quelques récurrences dans les constats peuvent être retenues.


Le concept

Les enquêtes internationales relèvent l’importance de facteurs pédagogiques propres aux établissements ; par exemple, en appui aux conclusions des enquêtes PIRLS (enquête sur les compétences des élèves en lecture dans le premier degré) et PISA (suivi des acquis des élèves à 15 ans), les résultats peuvent différer en proportion suivant les degrés d’enseignement et donc la structuration des établissements (premier degré : petite taille, équipe restreinte, direction proche ; second degré : grande taille, équipe élargie, direction plus éloignée) D’après l’enquête PIRLS, les facteurs les plus importants pour expliquer la réussite en lecture sont de l’ordre de trois : l’expérience du maître, le climat qui règne dans la classe, le soutien parental. PISA mentionne quatre facteurs complémentaires : le taux d’encadrement,  la formation des enseignants, le moral des enseignants,  le climat de l’établissement.


Ces facteurs renforcent la dimension systémique du métier ; un prof n’est pas tout seul ; il agit dans un véritable éco-système dont il est sujet et acteur ; le fait de considérer son établissement, de s’y sentir bien, et de partager des choses avec des collègues influe sur les pratiques et sur les réussites des élèves. Le concept de « développement professionnel » et les dispositifs qui l’organisent tirent parti de ces constats. Il ne s’agit donc pas de la formation initiale pour laquelle la France entend souvent se limiter.


Dans nombre de pays, une nouvelle conception de la formation des enseignants est apparue sous le nom de « développement professionnel continu ». Jusque-là, les enseignants recevaient une formation sous la forme de conférences suivies d’ateliers souvent peu reliés aux tâches d’enseignement et aux activités d’apprentissage. En France, le débat a toujours été trop focalisé sur l’importance de la formation initiale depuis la création des IUFM jusqu’aux INSPE, en laissant dans l’ombre les 40 ans de vie professionnelle, et la nécessaire « formation continue » jusqu’aux  EAFC plus récemment ;  les critiques ont été vives, de l’aveu des usagers eux-mêmes. Il s’agit ici d’envisager le voyage professionnel tout au long de sa vie d’enseignant.


Ce nouveau paradigme du développement professionnel présente plusieurs caractéristiques:

  • Il s’intéresse au processus complexe d’apprentissage professionnel et à la construction de la compétence par, avec et pour les enseignants en engageant les personnels dans des tâches concrètes de réflexion et d’analyse, d’évaluation des pratiques, d’observation des situations de classe : Il est d’essence constructiviste, c’est-à-dire en rupture avec un mode transmissif.


  • c’est un processus durable et continu, sur le long terme parce qu’il prend acte du fait que les enseignants ont besoin de temps pour apprendre et pour réinvestir leurs nouvelles connaissances et compétences dans leurs pratiques. L’accompagnement et le suivi sont des ressources essentielles pour opérer des changements en profondeur. Il rompt avec l’émiettement et la taylorisation des dispositifs actuels de formation.


  • Le développement professionnel est « situé » : il est mis en oeuvre dans un contexte spécifique : celui de l’unité éducative, lieu des activités quotidiennes des enseignants et des élèves. Les unités éducatives deviennent « formateurs » en s’organisant en communautés d’apprentissage professionnel privilégiant l’enquête sur leurs pratiques sous la forme de groupes d’études, de construction de portfolios, et de dispositifs de recherche action.


  • il s’inscrit dans une politique de mise en œuvre des réformes, et de mise en œuvre efficace de l’obligation de rendre compte ; partant, il devient stratégique parce que collectif : il participe à la construction d’une culture professionnelle, à la définition d’un projet collectif. Le changement n’est plus conçu à la mesure de l’individu-isolat, mais à l’aune d’une équipe sur ses propres objets de travail.


  • L’enseignant est considéré comme un « praticien réflexif » à même d’acquérir des connaissances et compétences puis de les traduire en nouvelles théories et pratiques pédagogiques avec et par la contribution des pairs et des ex-pairs.


  • Le développement professionnel repose sur un processus collaboratif à partir d’interactions entre enseignants mais aussi de relations avec d’autres professionnels ou membres de la communauté éducative, au sein de l’unité éducative comme à l’extérieur.

Les attributs du concept

Un développement professionnel de haute qualité répond à six critères:


•    Soutenu : se déroulant sur une longue période qui dure plus d'une journée.

•    Intensif: se concentrer sur un concept discret, une pratique ou un programme.

•    En direct: se déroulant en temps réel dans la salle de classe ;

•    Collaboratif: impliquant des éducateurs multiples travaillant sur le même concept ou pratique pour obtenir une compréhension partagée.

•    Données axées sur les donnée et sur des informations en temps réel  (besoins des enseignants et de leurs élèves) ;

•    Axé sur la classe: pertinent pour le processus d'enseignement.


Inscrire le développement professionnel continu des enseignants comme levier dans un vieux système éducatif à la française nécessite des évolutions significatives dans la gouvernance et la vision pour que cela « marche », d’après les leçons tirées des expériences internationales ; pour résumer, il ne suffit pas de changer un mot dans un BO en 2013 pour que la réalité s’améliore (significativement) :

  • Que l’école passe du tri sélectif des élèves à la focalisation sur les apprentissages pour tous les élèves ;

  • Que le « rendre compte » (cela concerne l’évaluation des enseignants) passe d’une application surveillée des règles fondée sur l’autonomie individuelle à des modalités de régulation interne, située, collégiale et focalisée sur l’amélioration des résultats des élèves ;

  • Que l’innovation passe de « faire plus et si on veut » à une enquête documentée, régulée et accompagnée, impliquant le plus grand nombre dans une école ;


Ce changement de paradigme prend et prendra du temps car il impacte profondément les organisations, celle de l’école, les routines professionnelles, celle des organismes de formation et les métiers qui encadrent les enseignants : les directions, les formations, les inspections.L’investissement dans la formation continue reste encore le plus puissant des leviers du changement en éducation, et cela passe obligatoirement par la formation des formateurs et des cadres ; à la lumière des choix politiques, stratégiques, financiers dans les académies, le sait-on, le peut-on ou le veut-on ?


QUIZ: le développement professionnel des enseignants


Répondez aux questions suivantes en 2-3 phrases.

  1. Selon la recherche internationale, quel est l'impact du développement professionnel des enseignants sur les élèves ?

  2. Nommez trois des dix tendances qui ont changé l'éducation en France.

  3. Expliquez la notion d'attribution causale externe et son lien avec les difficultés rencontrées par les équipes pédagogiques.

  4. Qu'est-ce qu'un objectif pédagogique ? Donnez un exemple concret.

  5. Citez trois facteurs d'organisation scolaire qui contribuent à la réussite des élèves.

  6. En quoi la différenciation pédagogique est-elle une politique d'établissement ET un engagement professionnel de chacun ?

  7. Expliquez en quoi consistent les classes coopérantes et citez un exemple d'établissement qui les a mises en place.

  8. Décrivez brièvement le concept de "l'interdisciplinarité en 10 points".

  9. Qu'est-ce que la réalité augmentée et comment peut-elle enrichir la connaissance en classe ?

  10. Nommez trois qualités professionnelles des enseignants, vues par des chefs d'établissement.

 

Corrigé du Quiz
  1. La recherche internationale montre que le développement professionnel des enseignants a un impact positif sur la réussite des élèves. Des enseignants qui se forment et développent leurs compétences sont plus aptes à répondre aux besoins de leurs élèves et à les accompagner dans leurs apprentissages.

  2. Parmi les dix tendances qui ont changé l'éducation en France, on peut citer : l'arrivée du numérique, la diversification des publics scolaires, l'évolution des modes d'apprentissage, l'importance accrue de l'évaluation et l'émergence de nouvelles pédagogies.

  3. L'attribution causale externe est un mécanisme de défense qui consiste à attribuer la cause de ses difficultés à des facteurs extérieurs. Dans le contexte éducatif, cela se traduit par la tendance des équipes pédagogiques à blâmer les élèves, les parents ou le système éducatif pour les mauvais résultats, au lieu de se remettre en question et d'analyser leur propre fonctionnement.

  4. Un objectif pédagogique est une intention d'apprentissage clairement définie et mesurable. Il décrit ce que l'élève doit être capable de faire à la fin d'une séquence d'apprentissage. Un exemple concret : "À la fin de la séquence, l'élève sera capable de conjuguer les verbes du premier groupe au présent de l'indicatif à l'oral et à l'écrit."

  5. Trois facteurs d'organisation scolaire qui contribuent à la réussite des élèves : un climat scolaire serein et bienveillant, des règles claires et appliquées de manière cohérente, une communication fluide et transparente entre les enseignants, les élèves et les parents.

  6. La différenciation pédagogique est une politique d'établissement car elle nécessite une organisation collective et des moyens mis à disposition par l'institution. C'est aussi un engagement professionnel de chaque enseignant qui doit adapter sa pédagogie aux besoins de chaque élève.

  7. Les classes coopérantes sont des classes organisées autour de projets collectifs et de la coopération entre élèves. Le collège Sophie Germain de Nantes a mis en place ce type de classes sur l'ensemble du niveau 6e afin de favoriser l'inclusion et la réussite de tous les élèves.

  8. "L'interdisciplinarité en 10 points" est un concept qui met en avant l'importance de croiser les disciplines pour enrichir les apprentissages. Il s'agit de créer des liens entre les différentes matières afin de permettre aux élèves de mieux comprendre le monde qui les entoure.

  9. La réalité augmentée est une technologie qui permet de superposer des éléments virtuels au monde réel. En classe, elle peut enrichir la connaissance en permettant aux élèves de visualiser des objets en 3D, d'interagir avec des simulations ou de découvrir des informations supplémentaires sur des lieux ou des œuvres d'art.

  10. Trois qualités professionnelles des enseignants, vues par des chefs d'établissement : la capacité à créer un climat de confiance et de respect en classe, la maîtrise de sa discipline et la volonté de se former et d'innover pédagogiquement.


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