En Polynésie française, 4 ans de transformation pour des archipels apprenants
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Le souffle de l'innovation dans nos Écoles
Dans le grand océan de l’éducation, la Polynésie trace un sillage singulier. Sous l’égide de la Direction Générale de l’Éducation et des Enseignements (DGEE), une "triple alliance" stratégique s’est nouée entre le Département de la Formation Continue et de l’Innovation (DFCI), le Bureau de l’Innovation et de l’Expérimentation (BIEX) et François Muller. Ensemble, ils ont impulsé un souffle nouveau, guidé par une conviction profonde :
« Des enseignants qui apprennent, ce sont des élèves qui réussissent. »
L'objectif de cette navigation n'est pas simplement d'ajuster des programmes, mais de changer de paradigme : passer d'une logique descendante de formation à une véritable dynamique de développement professionnel. Il s'agit de transformer chaque établissement en un "collectif apprenant" capable de naviguer avec agilité vers les défis de demain.

La genèse du programme DEFI dès 2022
Tout voyage commence par une volonté. En 2022, face aux mutations du terrain, le programme DEFI (Dispositif Expérimental de Formation et d’Innovation) est né dans un premier échange avec Samantha Bonet-Tirao alors directrice du DFCI à la DGEE. Ce dispositif n'est pas un catalogue de cours supplémentaires, mais un laboratoire vivant conçu pour soutenir ceux qui font l'école au quotidien.
La boussole initiale de 2022 fixait trois caps prioritaires :
Renforcer la formation continue : en la rendant plus immersive et connectée aux besoins réels.
Soutenir les équipes pédagogiques : en offrant un étayage direct et bienveillant aux projets locaux.
Structurer une culture d’innovation : en osant l'expérimentation pour faire de l'erreur un levier d'apprentissage.

La saga DEFI : 8 saisons pour bâtir un écosystème
Le projet s'est déployé comme une grande épopée, structurée en "saisons" narratives, marquant la métamorphose d'une formation classique en un écosystème horizontal et vivant, avec la collaboration étroite de la nouvelle directrice alors, Caroline Mauzé.
Phase 1 (2022-2023) : formation et lancement
Saisons 1 à 3 : Le noyau dur de la DFCI, puis une équipe élargie, ont suivi des cycles de cinq webinaires intensifs. L'objectif était de forger une culture commune et de préparer les premières interventions.
Phase 2 (2023-2024) : communauté et réseau
Saisons 4 à 6 : Le déploiement sur le terrain s'est accéléré. On retient notamment la "Semaine de l’innovation" à Hitia’a (octobre 2023) et l'accompagnement en Formation d’Initiative Locale (FIL) au Lycée de Raiatea. C'est le temps de la documentation des pratiques et de la régulation collective.
Phase 3 (2025-2026) : structuration de l'écosystème
Saisons 7 à 8 : L'horizon s'élargit. Le BIEX prend son envol avec de nouveaux cycles de cinq webinaires (septembre 2025 - février 2026). L'accent est mis sur la formation de formateurs et le déploiement de FIL inter-degré, comme à Papara, pour briser les silos entre le primaire et le secondaire.
Les coulisses du changement : une méthodologie collaborative
Pour ancrer le changement, nous avons délaissé la verticalité pour une approche horizontale. Le but ? Que chaque acteur devienne un "chercheur" de sa propre pratique au sein d'un collectif soudé.
Webinaires collaboratifs : des rendez-vous réguliers pour mutualiser les concepts.
Enquêtes sur les pratiques : partir du réel pour ne jamais perdre le contact avec la classe.
Groupes d’analyse : transformer l'expérience vécue en savoir professionnel partagé.
Accompagnements d'équipes (FIL) : des interventions sur mesure, au plus près des besoins des archipels.
Ce que nous dit le terrain
Après quatre années de navigation, les observations font état d'une mer en mouvement, riche de promesses mais non exempte de courants contraires.

Les victoires : l’engagement des enseignants est palpable. Nous constatons une multiplication de projets audacieux et, surtout, une véritable "soif de collaboration". Les réseaux horizontaux émergent, prouvant que l'intelligence collective est notre plus bel atout.
Les défis à relever : la trace écrite reste un défi : "documenter pour durer" est essentiel. Le besoin de structuration et d'un accompagnement continu est criant pour éviter que l'étincelle de l'innovation ne s'essouffle face au poids du quotidien.
Perspectives 2026 : vers une CARDIE Polynésie
L'année 2026 ne sera pas une fin, mais une nouvelle escale majeure. Le BIEX s'apprête à structurer une CARDIE Polynésie (Cartographie de l’innovation). Cette carte vivante permettra de repérer, analyser et valoriser chaque pépite pédagogique du territoire. A suivre

Pour piloter ce navire, l'évaluation devient notre compas. Nous analysons désormais l'innovation selon 5 dimensions clés :
Objets : qu'évaluons-nous exactement ?
Modalités : comment capter la richesse du processus ?
Acteurs : qui participe à cette relecture (élèves, pairs, experts) ?
Finalités : pourquoi innover ? Pour quel progrès éducatif ?
Effets : quel est l'impact réel et mesurable sur la réussite de nos élèves ?

L'acte inaugural de cette nouvelle phase a été la 1ère édition de la JIP (Journée de l’Innovation Pédagogique) le 14 mai 2025 à la DGEE. Cet événement a été le point d'orgue de la Saga DEFI, célébrant le passage définitif vers un réseau d'innovation structuré autour de trois leviers : les formateurs, les équipes d'établissement et le réseau global.
Ensemble pour l'École de Demain

Le voyage de l'innovation est exigeant car il touche à l'essence même de notre métier. Pour comprendre ce chemin, il faut revenir aux mots :
In-novation : c'est le mouvement intérieur, cette capacité à se renouveler de l'dedans.
Ex-valuere (Évaluation) : c'est l'acte de "tirer de la valeur", de mettre en lumière la richesse de ce qui a été accompli.
Pour finir, Les 10 questions stratégiques
Qu’est-ce qui fait la singularité de l’innovation en Polynésie ?
Quelles dynamiques avons-nous réellement enclenchées ?
Qu’est-ce qui n’a pas encore pris ?
Quelles compétences doivent développer les formateurs ?
Quel rôle pour le BIEX dans 5 ans ?
Comment passer de projets isolés à un écosystème d’innovation ?
Comment mieux documenter et valoriser les projets ?
Comment éviter que l’innovation reste marginale ?
Quelles alliances construire (recherche, universités, Océanie) ?
Quelle serait la prochaine étape du programme DEFI ?
Nous ne faisons pas que changer nos méthodes ; nous extrayons la valeur de nos expériences pour construire l'école de demain. J'invite chaque enseignant, chaque cadre, chaque équipe à explorer cette terre promise en consultant la cartographie vivante de nos réussites sur la page du BIEX, avec l'implication sans faillle de Paol Tanguy, coordonnateur du BIEX
Et en février 2026, Samantha Bonet-Tiro a été appelée à devenir ministre de l'éducation et de la culture en Polynésie française;

L'innovation est un voyage qui ne finit jamais. Soyons-en, ensemble, les fiers navigateurs.



